La micro-aventure : coup de marketing ou vraie tendance ?

 

. Camille n’a pas pris l’avion depuis un an. Pourtant elle a traversé une rivière en paddle, grimpé au sommet d’une montagne et dormi en pleine nature au bord d’un lac. Tout ça grâce à la micro-aventure ! Un article de Maritza Collin, rédigé en février 2019, dans le cadre de son travail de veille pour le Master 1 AGEST, de l’Université Bordeaux Montaigne.

Au fait, c’est quoi la micro-aventure ?

Une micro-aventure est une aventure qui permet de ressentir toutes les sensations d’une grande aventure. Tout cela, sans ses contraintes de temps, d’expérience ou d’argent. Une micro-aventure est donc :

De courte durée. Elle permet de concilier vie professionnelle et aventure. Elle peut durer le temps d’un weekend ou seulement quelques heures.

Simple à réaliser. Elle ne nécessite pas d’expérience ni de matériel particulier. En gros, pas besoin d’être Mike Horn pour pratiquer la micro-aventure.

Peu cher. Puisque micro-aventure rime avec courte durée et simplicité, les dépenses sont moindres. On peut en effet bivouaquer et amener sa propre nourriture avec soi.

Proche de chez soi. On peut sortir de son bureau, prendre un TER et c’est parti

Respectueuse de l’environnement. La micro-aventure est un concept qui se veut durable.

La micro-aventure se vit la plupart du temps dans la nature mais peut aussi se pratiquer en milieu urbain. Si vous voulez avoir une idée de micro-aventures possibles en milieu urbain, le livre d’Olivier Bleys «Les aventures de poches» est une mine d’or !

D’ou vient ce concept ?

Le concept de micro-aventure a été théorisé par Alastair Humphreys. Ce jeune aventurier anglais de 35 ans a été sélectionné parmi les dix «aventuriers de l’année 2012» par le magazine National Geographic. Après de multiples grandes aventures, Alastair décide de passer une année entière dans son pays, le Royaume-Uni. Il va y vivre une série de 12 micro-aventures. Le but est de prouver que l’aventure peut se trouver là, tout de suite, au coin de la rue et qu’elle est accessible à tout le monde. Alastair utilise Twitter afin de partager en vidéo ses micro-aventures auprès des internautes du monde entier. Ce concept remporte alors un franc succès. Vous pouvez retrouver son site web en cliquant sur ce lien : https://www.alastairhumphreys.com

Pourquoi ce concept ?

« Avec la micro-aventure, plus besoin de poser plusieurs jours de RTT pour décompresser ! »

Le concept de micro-aventure est inspiré par les préoccupations écologistes et par les enjeux climatiques qui se reflètent dans les tendances touristiques. On tend en effet à vouloir réduire notre empreinte carbone. La micro-aventure répond aussi au besoin de déconnexion de la technologie, d’un retour à la simplicité et à la nature. Ce concept s’adresse donc particulièrement aux citadins des grandes villes qui souhaitent casser la routine de leurs vies quotidiennes. Il est aussi destiné à toutes les autres personnes en mal d’aventure.

Quelles sont les différences avec une aventure telle qu’on l’imagine ?

La micro-aventure comporte moins de risques. Elle nécessite moins de préparation mentale, physique et financière que l’aventure classique. Sa durée est plus courte et elle se pratique proche du domicile, contrairement à l’aventure de type Jules Verne. La micro-aventure n’en reste pas moins excitante ! Elle procure tout aussi bien des sensations de découverte, de courage, que de fierté. Donc nul besoin de frauder les trains comme Jack London ou de se rendre au pôle nord comme Mike Horn !

La micro-aventure c’est du tourisme de proximité ?

La micro-aventure a en commun avec le tourisme de proximité la proximité spatiale et temporelle, la notion de local ainsi que la proximité affective. Elle possède aussi les mêmes opportunités de développement durable que le tourisme de proximité. Cependant, elle a en plus les caractéristiques de la nature et des sensations de l’aventure.

La micro-aventure, c’est une vraie tendance !

La micro-aventure c’est LA tendance de ces dernières années. Elle a en effet été reconnu comme une tendance émergente pour l’année 2017 par le Global Trends Report 2016 (du rapport des tendances dans le monde) établi par le cabinet Euromonitor. Si vous voulez lire le rapport en entier c’est par ici : http://news.wtm.com/wp-content/uploads/2016/11/GTR-FINAL-FINAL-ok.pdf

La micro-aventure est une véritable tendance dans les pays occidentaux. Plusieurs groupes Facebook dans ces pays ont pour sujet principal la micro-aventure, plus particulièrement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.

Certaines start-ups se sont lancées dans la micro-aventure comme la start-up française Chilowé https://www.chilowe.com/ créée en 2017. Ferdinand Martinet et Thibaut Labey ont bien l’intention de montrer aux citadins que l’aventure peut se trouver à deux pas chez eux. Et aussi qu’elle est accessible à tous. Leur premier média est une newsletter à la communication décalée (outil de différenciation de la start-up). Face au succès de leurs newsletter, ils décident alors de créer des événements mensuels avec des petits groupes d’aventuriers. Ils publient désormais des guides de micro-aventures autour de grandes villes. Le guide sur Paris est sorti en 2018, Lyon et Bordeaux sont prévus pour cette année. Ces guides recensent les lieux de nature sauvage autour des villes, des idées de micro-aventures, ainsi qu’un code de bonne conduite.

Sur le même principe que Chilowé, 2 jours pour vivre https://www.2jourspourvivre.com/concept est une newsletter. Elle propose des idées et des itinéraires pour des micro-aventures. La durée est définir à un weekend. Son petit plus ? Elle donne tous les détails de ces micro-aventures (photos, cartes et conseils). Mais ce n’est pas tout, 2 jours pour vivre est aussi un incubateur de weekends et de micro-aventures sous forme d’une page Facebook et d’événements. Tout le monde est invité à y participer ! Le but : inciter les gens à devenir créateurs d’aventure plutôt que d’en être consommateur.

Certains blogs se sont aussi spécialisés dans le sujet. C’est le cas de Microaventure Lyon https://www.microaventure.com/.   La start-up organise des micro-aventures en partenariat avec l’agence de voyage Serendip https://agence-serendip.com/, spécialisée dans les séjours d’aventures à proximité de Lyon.

La micro-aventure, c’est aussi un outil marketing…

En effet, face à la tendance des micro-aventures et à la montée du tourisme d’expérience, certaines compagnies aériennes et structures territoriales n’ont pas tardé à développer des offres de micro-aventures. C’est le cas de la compagnie aérienne low-cost Easyjet. Easyjet a collaboré avec Alastair Humphrey afin de proposer des idées de micro-aventures dans les villes européennes. La compagnie utilise le concept de micro-aventure en outil marketing. Elle présente ainsi les destinations quelle dessert d’une manière alternative aux traditionnels city-breaks. Si les micro-aventures proposées par la compagnie vous intéressent, suivez ce lien : https://www.easyjet.com/en/book/microadventures

Dans les idées de micro-aventures qu’elle propose, EasyJet reste fidèle au concept même de la micro-aventure. Ce n’est cependant pas toujours le cas comme on peut le constater chez MySwitzerland. La compagnie utilise le concept de micro-aventure afin de promouvoir la destination. «40 kilomètres, 25 ascensions, 10 étapes», «un circuit exigeant, un dénivelé de 3840 mètres à surmonter»… Tout cela demande de l’expérience, une bonne condition physique et du temps, soit le contraire du principe de la micro-aventure.

En manque d’idées de micro-aventures ? En voilà quelques-unes…

  • Arpenter les chemins de randonnée
  • Faire une randonnée à vélo
  • Dormir à la belle étoile (un des classiques de la micro-aventure)
  • Descendre une rivière en canoë
  • Pratiquer la baignade sauvage

La micro-aventure, une tendance durable ?

La micro-aventure peut s’inscrire dans un contexte de durabilité car elle échappe à la saisonnalité. Par exemple, la micro-aventure invite à bivouaquer en plein hiver. La micro-aventure repose sur le fait que tout le monde devrait pouvoir bénéficier du droit à la nature. Comme dans les pays scandinaves, s’autoriser à dormir dans la nature et ainsi tendre vers sa protection.

Elle peut aussi être une opportunité pour les territoires ruraux. En effet, la micro-aventure se pratique la plupart du temps en pleine nature. Elle peut donc contribuer au développement touristique et économique de ces territoires, dans la mesure où les micro-aventuriers sont susceptible de consommer sur place et de vanter la destination auprès de leurs proches. Elle constitue aussi une bonne manière de répartir les flux sur un territoire.

Cette tendance peut aussi être durable au point de vu écologique. La micro-aventure limite les déplacements, invite à la protection de la nature. De ce fait, les micro-aventuriers auront par principe envie de protéger leurs terrains de jeux.

Cependant, la micro-aventure connaît la limite de l’accessibilité car les zones de pleines nature sont souvent mal desservies. La micro-aventure peut aussi vite devenir une forme de tourisme de masse. Si tout le monde va au même endroit au même moment, il y a de fortes chances qui peut pousser des gens non respectueux à laisser traîner leurs déchets. La forte instagrammabilité de « l’outdoor » ne leur rend pas service. Se pose aussi la question de la légalité des bivouacs et des rassemblements de plusieurs dizaines de personnes lors d’événements liés à la micro-aventure.

Faut-il intégrer les territoires ? Un des risque consiste en la dénaturation et la banalisation de la micro-aventure comme le montre le cas MySwitzerland. En effet, tout n’est pas une micro-aventure. Le cas d’EasyJet pousse aussi à nous questionner. Même si la compagnie aérienne reste fidèle au concept de micro-aventure dans les idées qu’elle propose, elle reste une compagnie aérienne low-cost. De ce fait, le caractère de durabilité environnementale de la micro-aventure est bafoué…

Merci Maritza !

> La micro-aventure : tendance de fond ou coup marketing ?

Une note rédigée par Maritza Collin, dans le cadre de son master AGEST (Aménagement et Gestion des Équipements, Sites et Territoires Touristiques), à l’université de Bordeaux Montaigne.

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