L’OT, AMAP du tourisme

L’économie touristique est mondialisée, ubérisée, les plateformes et les gros opérateurs touristiques se partagent une grosse part du gâteau. En parallèle, se développe une économie circulaire, une philosophie du « made in local » qui fait son chemin. Dans la mouvance du « produire, acheter et consommer local », l’économie touristique peut-elle trouver un nouveau souffle ? L’office de tourisme en milieu rural coordonne les acteurs locaux. Il mobilise les prestataires pour participer au développement local de leur territoire. L’OT du futur sera-t-il l’AMAP du tourisme ?

On a tenté, lors d’un webséminaire le 14 juin 2017 et grâce au témoignage de Jérôme Lay, de l’Office de tourisme du Seignanx (dans les Landes), de faire le parallèle. L’office de tourisme en milieu rural évolue fortement, quel sera demain sa place dans ce nouvel écosystème touristique ?

Le webséminaire en replay

Le programme

On partira de l’AMAP : « Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne ». Qu’est-ce que c’est et comment ça fonctionne ? A partir de là, l’analogie avec le secteur touristique est facile. A voir mais pas forcément à faire. Jérôme nous partage sa vision d’un office de tourisme partenarial et proche de son territoire, qui recrée du lien entre le producteur et le consommateur, entre le territoire, ses composantes, et les visiteurs. Sur le fond, des valeurs à partager et un engagement à respecter. Sur la forme, des actions collectives, des partenariats locaux et une exemplarité revendiquée. Ce webséminaire s’adresse donc plutôt à des offices de petite taille, voire de taille moyenne.

Les intervenants

Jérôme Lay, de l’Office de tourisme du Seignanx, dans les Landes. Animé par Charlotte Emery, de la MONA.

Les ressources

Retrouvez ici la présentation du webséminaire ainsi que l’enregistrement vidéo, accessible sur notre chaîne YouTube.

NB : Nous nous excusons par avance de la qualité de la vidéo, quelques chevauchements de son sont dûs à un bug d’enregistrement sur notre plateforme.

En complément de la vidéo et de la présentation, voici les sous-titres…

/ L’OT idéal AMAP du tourisme, ça ressemblerait à quoi ?

  •  STATUT : L’office serait une association soutenue par la collectivité. Ou bien une SCIC. Evidemment, ce sont les fondamentaux de la mission de service public.
  • GOUVERNANCE : Le CA est largement ouvert aux professionnels du tourisme, qui doivent pouvoir prendre les décisions opérationnelles.
  • TIERS LIEU : Il est situé dans de beaux locaux (en lien avec le territoire, restaurés, réhabilités) mais bien placés (accès train, bus, parking vélo…), partagés avec d’autres acteurs (artistes, artisans, infographistes…) ou autres associations (bibliothèque, cinéma, AMAP, galerie d’Art, FabLab…). Le mobilier est conçu localement (récupération, up-cycling…). Il peut proposer de nouveaux services (café, wifi, info régionale qualifiée) et s’appuyer sur un personnel qualifié (connaissance du territoire, des acteurs, web, langues…).
  • RECETTES : Des subventions évidemment, en lien avec la mission de service public, mais aussi un mix d’appels à projets (pas uniquement tourisme, mais aussi liés à l’ESS, ou autre) de cotisations, de partenariats, de participatif, de ventes.
  • DÉPENSES : Des frais de fonctionnement : du personnel puisque là est la vraie valeur ajoutée de l’OT, mais aussi le minimum de frais pour répondre aux exigences d’une démarche Qualité.
  • MISSIONS : L’accueil (personnalisé), l’information (de qualité), référencer (plutôt que promouvoir), accompagner (et qualifier).
  • MÉTHODE : des ateliers, des chartes, un partenariat sur le long terme (CPIE, ESS…).
  • VALEURS : adhésion au projet, démocratie, humain au cœur de la démarche, solidarité, transparence…
  • COMMUNICATION : militante avec un message et du sens.

/ Au fait, une AMAP, c’est quoi ?

Il s’agit d’une association qui naît de la rencontre entre un groupe de consommateurs et un groupe de producteurs. Ensemble, ils définissent la diversité et la quantité des produits qui constituent le panier, coordonné par l’AMAP. Ce panier est généralement constitué de produits labellisés (Bio). Il s’agit d’une démarche écologiquement saine, socialement équitable et économiquement viable.

Des arguments pour le producteur :

  • PAS QUE COMMERCIAL : Il travaille pour un groupe de personnes qu’il connaît, avec qui il peut échanger régulièrement dans le cadre d’un partenariat qui dépasse l’aspect commercial.
  • LONG TERME : Il s’inscrit dans un partenariat à long terme, qui ne souffre pas de la conjoncture. Un panier AMAP, c’est 6 mois. Un ordre de temps qui serait d’une ou plusieurs années dans les offices de tourisme.
  • PEU DE COMMISSIONS : Le taux de commission est minoré, par rapport aux autres points de vente (grandes surfaces).

Des arguments pour le consommateur :

  • SANTÉ : Le consommateur renoue avec la nature car il accède à des produits sains, de saison, labellisés (BIO), contrôlés, conçus dans le respect de l’homme et de la biodiversité. Lien entre alimentation et santé.
  • CITOYEN : Le consommateur participe à une action citoyenne en soutenant l’activité locale
  • LIEN HUMAIN : Le consommateur s’adresse à l’AMAP, qui connaît parfaitement les producteurs, leurs habitudes et leur disponibilité, leurs atouts et leurs limites. Il peut interpeler, converser, demander conseil à l’AMAP.

Des arguments pour le territoire :

  • Un MAILLAGE du territoire
  • Une activité MOINS POLLUANTE
  • Plus de CONSOmmation LOCALE / RELOCalisation de l’économie
  • Une meilleure RÉPARTITION des richesses
  • Plus de lien social et de RESPONSABILITÉ sociétale

L’office (AMAP) se pose comme une « supérette » ouverte et accessible qui d’un côté accueille les clients et de l’autre référence et valorise l’offre locale.  Il sert d’intermédiaire, conseille en expert de la destination. Bref, en alternative à la grande distribution !

 / Quelques actions à engager

  • Le B-A BA : Réduction consommation eau + papier (tri, recyclé…) + plastic (0)
  • Labels : écolabel, bio, qualité… ou charte.
  • Energie : ENERCOOP (énergie)
  • Achats : label, local, propre (0 plastic), matériaux, mobilier up-cyclé… (centrale d’achats)
  • Restauration : Circuits courts, Locale / Bio (raisonnée), Maître-Restaurateur
  • Web : vente en ligne, cartographie Open Street Map.
  • Cartographie : OSM plutôt que Google
  • Les supports de com « utiles » et co-construits : éco-gestes, cendriers, cabas, boîtes à livres, partenariats…
  • Formation (Programme Local de Professionnalisation) : jardinage écologique, ménage écologique…
  • Tourisme Social : travailler avec les Villages-Vacances l’UCPA, les Centres Communaux d’Action Sociale,…
  • Événementiel (forum, sports, culture…)

/ Quelques actions « à dégager »

  •  GREEN-WASHING, social-washing
  • Les DÉPENSES en communication disproportionnées (achat mots-clés, graphisme, bannières publicitaires…)
  • Suivre les tendances et modes ; faire comme les autres. ÊTRE DIFFÉRENT.
  • La communication avant les ACTES.
  • ACHATS non réfléchis
  • Communication INSTITUTIONNELLE classique
  • Ca n’empêche pas VENTE (en ligne)
  • ACCÈS (gares, centre, bus, vélo…)
  • Gestion de fait (CA équilibré)

/ Essai de conclusion

L’Office est avant tout un outil de développement LOCAL :

  • Trait d’union entre le public et le privé (MIX Conseil d’administration)
  • Un projet qui fédère les énergies, porté par des ADHÉRENTS (qui adhèrent)
  • Structure inscrite dans le TEMPS (dépasse vision court terme)
  • Une structure MILITANTE (durable) et ENGAGÉE pour le territoire
  • Une VITRINE du territoire (actif)
  • Une TÊTE DE RÉSEAU légitime

/ Les questions qui se posent…

  • Une vision de l’OT en milieu rural : possible pour les associations, et les autres ? Une question de statut ? En jetant un oeil aux différentes ressources sur les statuts juridiques, on se rend compte que la question tient plutôt à la gouvernance : tout dépend de la constitution du CA, du CODIR, du CE…
  • Faut-il « sélectionner » les producteurs de notre AMAP ? Dans l’idée, il s’agit d’ouvrir au maximum, et d’avoir des partenaires qui « adhèrent ». On peut évidemment fonctionner par l’exemple : on valorise les partenaires exemplaires, en essayant, au sein de l’OT, d’être soi-même exemplaire. On ne sélectionne pas forcément, mais on valorise mieux ceux qui s’engagent et qui adhèrent, puisque logiquement, ils respectent les valeurs de l’OT et du territoire !
  • Le « on n’a pas le temps d’aller voir les pros ». Là aussi, c’est une question de priorité. S’engager dans ce genre de démarche nécessite de redistribuer le temps pour aller voir les partenaires.

> Présentation du webséminaire L'OT, AMAP du tourisme ?

Retrouvez la présentation L’OT, AMAP du tourisme, réalisée par Jérôme Lay, dans le cadre du webséminaire MONA du 14 juin 2017.

Télécharger la présentation

Et pour aller plus loin…

La caverne d’Ali Baba de l’AMAP, vue par Jérôme, c’est tout plein de ressources et de lien vers des acteurs engagés et solidaires :

  • Parcourez le site référence des Ecolabels
  • Intéressez-vous à la dynamique de la Coopérative des Tiers Lieux, qui anime un réseau qui s’élargit de jour en jour en Nouvelle-Aquitaine et avec lequel Jérôme et la MONA travaillent
  • Allez faire un tour chez Balenup, pour vous équiper de matériel durable (up-cycling)
  • Jetez un oeil à Enercoop, l’énergie coopérative : un surcoût très faible pour une énergie durable
  • Rejoignez ou suivez le réseau des Acteurs du Tourisme Durable
  • Voyez plutôt un exemple d’office de tourisme tiers-lieux, à l’OT Val de Garonne
  • Sur les conseils de Valérie Bernini, de l’OT du Grand Villeneuvois (47), lisez le livre de David Bollier, chercheur indépendant et militant américain, qui se consacre depuis une douzaine d’années à l’enjeu des biens communs (ou ’communs’)

Et pour toute question, n’hésitez pas à contacter directement Jérôme, à l’office de tourisme du Seignanx, qui met en application tous ces bons conseils.