6 familles d’arguments pour s’engager dans un tourisme durable

Il n’y a pas de secret. Pour convaincre, il faut être convaincu. Les actions en faveur du tourisme durable en sont une belle illustration. Vos élus n’y croient pas ? Votre équipe ne s’engage pas ? Et vous, vous y croyez vraiment ? Quelle est votre véritable conviction sur le tourisme durable ?

La richesse d’une équipe réside dans la diversité des points de vue. Il y a donc autant de manière d’aborder le tourisme durable que de sensibilités, de profils, d’histoires personnelles et professionnelles. Un groupe de directrices et directeurs d’offices de tourisme a travaillé, lors de leur séminaire #NADOT2019, sur les arguments pour convaincre.

La cible principale : les élus. On ne vous cache pas que cela fonctionne aussi avec tout type de public. Le secret de cette approche : adapter son argumentaire à l’interlocuteur. Alors, quels arguments pour s’engager véritablement dans un tourisme plus durable ?

Chapeau blanc, chapeau vert… la méthode

Vous connaissez les 6 chapeaux de Bono ? Il s’agit d’une méthode d’animation créative favorisant l’expression et faisant appel à tous les profils émotionnels. Elle peut être utilisée dans de nombreux contextes. Pour prendre une décision, elle permet à chaque individu d’exprimer son point de vue dans un collectif. Elle peut aussi faire émerger des idées complémentaires.

Nous l’avons choisie avec le groupe de travail pour chercher des arguments convaincants. Pourquoi devrions-nous nous engager en faveur d’un tourisme plus durable, plus responsable ?

Nous avons donc passé tour à tour les chapeaux de Bono… Nous avons un peu triché : il y a en réalité 32 arguments, déclinés à travers ces 6 profils.

Les arguments factuels : urgence écologique !

Le premier chapeau, c’est le blanc. Le neutre, le factuel. C’est l’interlocuteur à qui seuls les chiffres parlent, le pragmatique. C’est la DGS carrée, ou l’élu technicien. Pour le convaincre, la première étape est de bien connaître votre sujet. Pas question de se faire avoir sur la première interrogation ! Évidemment, vous n’avez pas besoin non plus d’être un expert du GIEC pour avoir quelques arguments en poche.

  1. La prise de conscience citoyenne est engagée : marches pour le climat, actions militantes,… La population est dans la rue, et surtout les jeunes !

« Les preuves sont accablantes : le changement climatique met en danger la santé humaine. Des solutions existent et nous devons agir avec détermination pour modifier la trajectoire. » (Margaret Chan, directrice de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)).

2. Les chiffres démontrent l’urgence écologique.

26 000 espèces disparaissent chaque année
80% des insectes volants d’Europe ont disparu en 30 ans
20 cm de neige à 1500 mètres d’altitude dans les Pyrénées néo-aquitaines d’ici 2050
Recul du trait de côté de 65 à 100m sur la plupart de la côte Landes/Gironde d’ici 2050

3. Le projet de territoire intègre l’écoresponsabilité dans les documents de planifications, il doit l’être pour le schéma de développement touristique.

  • Certains territoires sont très avancés sur le sujet : PADD, Agenda21, SCOT, TEPOS
  • Sur le territoire, il y a déjà plein d’initiatives : s’y intégrer renforcerait le lien entre tourisme et autres secteurs

Les initiatives de 20 Grands Sites de France

4. Les rapports le disent (lire, faire lire ou proposer une fiche de lecture des rapports tels que celui du GIEC ou AcclimaTerra en Nouvelle-Aquitaine).

À PROPOS DES MARAIS RÉTRO-LITTORAUX. « Le troisième facteur de pression est le tourisme et les loisirs de plein air. Leur essor est corrélatif à l’attrait accru du public pour le littoral (vacances et habitat), accru en cela par un ensoleillement en hausse. Les projections de l’INSEE pour 2030 indiquent +3,5 millions d’habitants sur le littoral centre-ouest atlantique. En misant sur les espaces emblématiques que sont les milieux humides, les programmes de développement de l’offre urbanistique et touristique doivent trouver un juste équilibre fréquentation/ouverture pour ne pas mettre en péril cette ressource. » (p.141 – Rapport AcclimaTerra 2018)

À PROPOS DE L’EAU. « Ces eaux sont très fortement sollicitées pour différents usages, particulièrement en été, au moment où elles sont déjà naturellement à leur niveau le plus bas (consommation d’eau potable plus importante liée au tourisme, irrigation, refroidissement des centrales). Ce contexte estival entraîne des situations de tension sur la ressource entre les différents usages (domestique, agricole, industriel, énergétique) et la nécessaire alimentation en eau des écosystèmes aquatiques. » (Rapport AcclimaTerra, p.18)

5. C’est ce que veut le client.

« Près deux tiers des sondés pensent que le tourisme responsable est un critère que devraient intégrer tous les professionnels du voyage. » – Étude client Agir pour un tourisme responsable – 2016

6. La marque Qualité Tourisme oblige à prendre en compte les critères de développement durable, et surtout, elle inscrit la structure dans une démarche durable d’amélioration continue.

7. On vit mieux quand on travaille mieux, et inversement.

77% des français aspirent à une nouvelle manière de travailler
87% des salariés estiment que le télétravail améliore leur niveau d’efficacité et qu’ils ont un meilleur équilibre vie pro / perso
82% des dirigeants pensent que le télétravail renforce l’engagement des salariés
Le respect des principes du développement durable et la démarche RSE de l’entreprise arrivent en 2nde place des principaux critères de choix d’une entreprise pour y travailler

Source n°1 : Coopérative des Tiers-Lieux – Étude réalisée pour Powwownow 2016 – Source n°4 : Étude NewGen for Good Comment la nouvelle génération va transformer l’entreprise ? Mai 2019 – Étudiants en dernière année d’étude.

8. Une vision durable permet de rationnaliser les charges.

Image extraite d’un exemple de diagnostic « Perfecosanté » (méthode ANACT) pour aider les entreprises à s’engager dans une stratégie durable de gestion des ressources humaines à travers l’analyse des coûts. https://www.anact.fr/diagnostic-perfecosante

Les arguments émotionnels : la face cachée de votre destination ?

Vient le chapeau rouge, celui des émotions. C’est celui que l’on active pour jouer sur la corde sensible d’un interlocuteur. En effet, l’argument émotionnel déclenche automatiquement l’empathie, la peur, la colère,… À vous de choisir ce que vous voulez susciter !

1. Le choc

Utiliser les images comme la mer de déchets est toujours interpelant. Des photos de votre territoire et de sa pollution le sera encore plus : présenter la face cachée de la destination. Effet garanti s’il s’agit de photos prises par des touristes en séjour (et postées sur les réseaux sociaux) !

2. Le clash

#Flygskam et autres actions locales…

3. La peur

« Pensez à nos/vos enfants », toucher la corde sensible !

Le réchauffement climatique est dévastateur pour le reste de l’économie : l’agriculture et le secteur viticole (arrosage), la qualité des eaux de baignade (baisse du niveau d’eau des lacs et des rivières, cyano-bactéries).

Source : AcclimaTerra, Le Treut, H. (dir). Anticiper les changements climatiques en Nouvelle-Aquitaine. Pour agir dans les territoires. Éditions Région Nouvelle-Aquitaine, 2018, 488 p.

4. La joie

Montrer l’exemple de ce que font nos voisins, donner envie

5. L’espoir

Cibler les scolaires.

Les arguments pour pessimistes : les clients sont prêts, eux !

Déjà de nombreux arguments. Que dire au chapeau noir, celui qui voit le verre à moitié vide, le négatif, le pessimiste ?

1. Ça ne sert à rien !

Penser client : ses attentes, sa vision, ses besoins. 87% des voyageurs déclarent souhaiter voyager en limitant leur impact sur l’environnement (Source : blog etourisme.info – sondage Booking 2018)

2. C’est pas ma faute, c’est les autres !

Tu es sûr ? regarde ce que font les autres ! Et toi, tu fais quoi ?

« JE loue un vélo, TU choisis la marche à pieds, ON garde la forme »
« JE produis des légumes bios, TU achètes en circuit court, ON développe l’économie locale »
Les Thouarsais engagés : Territoire TEPOS

3. C’est pas mon défi, c’est celui de la jeunesse !

Ce n’est pas une question de génération, c’est une conscience globale.

4. Ça ne dépend pas de moi !

Justement, si : c’est un engagement global, c’est une responsabilité de la structure, du territoire !

DES DIFFICULTÉS LIÉES AUX FAIBLESSES DU PORTAGE POLITIQUE LOCAL. Aucune des collectivités étudiées ne se projetait alors au-delà de 2020 (…). Cette absence du plus long terme, alors que les effets du changement climatique vont s’amplifier au fil du temps, a pour effet d’occulter l’ampleur des efforts nécessaires. D’ailleurs, seules les plus grosses collectivités affichent des directives d’action robustes et spécifiquement tournées vers l’adaptation au changement climatique, les plus petites s’efforçant de donner corps à la notion plus vague de développement durable.

Plus étonnant, les collectivités susceptibles d’être le plus directement exposées aux conséquences du changement climatique en région [80], comme les communes littorales, celles qui présentent une forte activité forestière ou viti-vinicole, ou encore celles qui dépendent en partie du tourisme de montagne, ne sont pas très actives dans leur communication en ligne sur l’adaptation – prise ici comme approximation de l’implication effective —; soulignant le décalage entre la réalité et la prise de conscience du défi de l’adaptation au changement climatique dans les collectivités les plus petites et dans le monde rural. Il n’y a d’ailleurs guère de spécificité des outils et stratégies locaux d’adaptation, par rapport aux dispositifs déployés dans le cadre plus large de la protection de d’environnement et du développement durable. (p.302, Rapport AcclimaTerra).

5. C’est pas moi, c’est les clients qui veulent pas !

Ils demandent et jouent le jeu. Positionner la destination sur l’éco-responsabilité, oser l’afficher et former l’ensemble des acteurs.
➔ 40% aimerait disposer d’un filtre “écoresponsable” sur les sites de réservation
➔ 68% comptent séjourner dans un hébergement écoresponsable
(Source : blog etourisme.info – sondage Booking 2018)

Les arguments optimistes : ça commence par moi

Quoi de mieux que l’optimiste pour répondre au bougon ? Avec un peu de chance, vous avez les deux types de profils dans votre CODIR, et les rapports s’équilibrent. Au chapeau jaune, à celui qui voit la vie en couleurs, qui est partant pour s’engager, on proposera...

1. La possibilité d’être le 1er à mettre la protection de l’environnement en avant dans son action de développement touristique.

2. Un engagement visible et cohérent.

Dans la newsletter de l’OT de Limoges Métropole

3. Des extraits de films positifs comme « Demain » pour montrer que l’engagement peut être concret.

4. Sur des plus petits territoires, utiliser la réussite de certains habitants qui mènent des actions vertueuses comme Incroyables comestibles.

Les arguments créatifs : et si on chassait les préjugés sur les écolos ?

Cette fois-ci, c’est open bar ! Le chapeau vert, c’est celui de la créativité. On s’adresse aux audacieux, à ceux qui sortent des cadres et ne suivent pas les recettes de cuisine.

  1. Recruter des ambassadeurs de l’écologie

À Pauillac (Gironde), des groupes d’habitants bénévoles assurent la propreté de la commune (en plus des services municipaux). Recrutez et incitez-les à partager leurs démarches sur les réseaux sociaux pour sensibiliser l’ensemble de la population à en faire de même.

2. Les challenges éco-responsables

Créer des challenges éco-responsables avec à chaque fois un indicateur pour démontrer les retombées du challenge.
Les challenges du PNR : coller un stop pub, installer Ecosia, etc.
Les Journées sans mail, journée sans Facebook, Journée « je vais au boulot à vélo », Journée mondiale du Tourisme responsable (2 juin)
Le site ça commence par moi.
L’équipe de Vendée Grand Littoral 

3. La chasse aux idées reçues, proposée par le réseau ATD

Adaptation possible à votre contexte local !
http://tourisme-durable.org/tourisme-durable/idees-recues

4. Le jeu : du serious game au blanc manger coco écolo

Des étudiants en Master « Gestion territoriale du développement durable » à Bordeaux, ont développé un serious game. Il est aujourd’hui mis à disposition des enseignants pour sensibiliser les élèves au développement durable. Nul doute que leur modèle prédictif permettant de définir l’impact en 2035 d’une décision prise en 2015 permettrait, utilisé largement d’éclairer nos choix !
http://www.acclimaterra.fr/uploads/2018/10/Climway-AcclimaTerra.pdf

Le Blanc Manger Coco Écolo, c’est l’idée de Caroline, du PNR des Landes de Gascogne. Vous connaissez le jeu ? Un joueur pioche un début de phrase plutôt sérieux, les autres lui proposent une fin loufoque, sérieuse ou trash. Celui qui fait le plus rire le piocheur a gagné. Caroline l’a adapté et testé avec son équipe et ses acteurs locaux : succès garanti. Nous aussi, on adhère !

Organiser son discours

On a fait le tour : tous les profils, de nombreux arguments. Maintenant, chapeau bleu : comment s’organise-t-on ? Pour les rationnels, on sélectionne les arguments les plus pertinents et les actions à mettre en oeuvre. Une bonne nouvelle déjà :

Le secteur du tourisme est fortement touché par tous les événements qui modifient les conditions d’accueil des touristes. Par conséquent, l’adaptation au changement climatique est une véritable préoccupation des acteurs de ce secteur d’activité. (Source : Rapport AcclimaTerra, p.85)

1. Evaluer dans un 1er temps l’ensemble des freins et profils d’interlocuteurs possibles afin de prévoir en amont le discours et ses arguments.

2. Comprendre qu’on ne peut pas imposer sa propre conviction : il faut amener les élus comme les équipes à aller vers une attitude écoresponsable.

3. Repérer des prestataires, habitants, associations du territoire qui pourraient s’impliquer aux côtés de l’OT dans sa démarche écoresponsable.

4. Mettre en place une démarche participative, notamment pour la formation/sensibilisation. Pour cela, on pense à adopter une vraie cohérence entre ce que l’on fait dans sa vie perso et dans sa vie pro. Cela passe aussi par éviter le greenwashing. L’ADEME nous explique comment…

ADEME_GREENWASHING_GUIDE

5. Définir en amont des indicateurs afin de pouvoir mettre en avant les résultats positifs des actions, évaluer les progrès et ne pas s’épuiser !

La performance d’une entreprise dépend désormais de plus en plus de ses pratiques en matière de RSE qui traduisent sa capacité à penser sur le long terme. (Source : rapport AcclimaTerra, p.88)

Alors, convaincu(e)s ?

Merci à Caroline Le Roy et Guillaume Cromer, qui ont joué le jeu de l’animation des échanges et ont apporté de nombreuses idées au groupe. Merci aux directrices et directeurs présents lors de l’atelier : « on communique sur notre engagement ».

Aller plus loin

Les données à l’échelle mondiale ou nationale sont disponibles sur les sites de référence :

En Nouvelle-Aquitaine, il existe plusieurs sites de référence pour disposer de solides arguments et s’informer :

Il est surtout important de disposer d’arguments propres à votre territoire, à votre destination. Sans aller jusqu’à la question des indicateurs de performance durable, vous pouvez observer quelques données relativement simples à collecter, comme le nombre de prestataires locaux écolabellisés.

> Synthèse AcclimaTerra

Une synthèse claire et visuelle des grands enjeux climatiques en Nouvelle-Aquitaine et des moyens pour agir. Synthèse du rapport AcclimaTerra, commandé par la Région Nouvelle-Aquitaine et publié en 2018 sous la direction d’Hervé Le Treut.

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Enfin, quelques lectures inspirantes…

  • Petit manuel de résistance contemporaine, Cyril Dion, paru en 2018
  • Le désormais très connu film « Demain » suivi « D’après-demain »