Tourisme durable : le voyage de demain … ou pas

Cet article a été rédigé par Coralie Havart le 27 février 2019 dans le cadre d’une veille réalisée pour le master AGEST – Bordeaux.

Les touristes sont de plus en plus nombreux et mobiles. Si le tourisme permet de faire vivre de nombreuses régions du monde, le tourisme de masse est aujourd’hui un fléau pour l’environnement et les populations. Le réchauffement climatique, la pollution, la mondialisation des cultures ou encore la saturation des sites touristiques en sont les principales conséquences. C’est pourquoi il est nécessaire de s’orienter vers un tourisme plus responsable. Mais sommes-nous réellement prêt à voyager autrement ? Rien n’est moins sûr.

 

Tourisme durable, responsable… quèsaco ?

Aujourd’hui, il existe plusieurs formes de tourisme alternatif au tourisme de masse. Lorsque l’on parle de tourisme durable et de tourisme responsable, on évoque deux notions assez similaires. Le tourisme durable est définit par l’Organisation Mondiale du Tourisme comme une forme de tourisme “qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil“. Quant au tourisme responsable, il est définit comme une démarche volontaire du voyageur ou du voyagiste. Globalement, l’idée est de voyager en respectant l’environnement et les populations et de limiter au maximum son impact sur les destinations.

 

Comment devenir un voyageur responsable ?

Rassurez-vous, pas besoin de vous lancer dans une mission humanitaire dès votre prochain séjour ! Etre un voyageur responsable, c’est adopter quelques réflexes simples. Réduire son empreinte carbone, mieux respecter les populations hôtes, développer le commerce local… chaque détail compte lorsque l’on souhaite faire évoluer son comportement.

Pour commencer, nous vous conseillons de respecter les trois piliers du développement durable, et par conséquent :

D’agir en faveur de l’environnement : trier et réduire ses déchets, économiser l’eau et l’énergie, utiliser des modes de transports doux, respecter la faune et la flore, proscrire les activités touristiques participant à la cruauté animale (balade à dos d’éléphants, nager avec les requins, zoos etc.)…

De favoriser l’économie locale : acheter des produits locaux, préférer les restaurants bios et engagés, favoriser les circuits courts et la réduction des intermédiaires, choisir des professionnels impliqués dans le tourisme responsable (agences de voyages, hébergements etc.), se renseigner sur les limites du marchandage…

De respecter la population locale et la culture : s’informer sur les modes de vie, le patrimoine et la religion des habitants avant de partir, apprendre quelques mots de la langue nationale, demander l’autorisation avant de prendre une photo, faire attention à sa tenue vestimentaire et adopter une conduite adaptée au lieu, ne pas imposer ses habitudes, aller à la rencontre de l’autre…

 

Comment s’inscrire dans une démarche durable en tant que professionnel ?

Vous l’aurez compris, le tourisme durable, ce n’est pas seulement le fait de voyager à vélo, de dormir à la belle étoile ou de partir faire une mission humanitaire. C’est aussi intégrer des enjeux du développement durable à l’ensemble du secteur touristique. C’est pourquoi les acteurs du tourisme ont tout intérêt à proposer une offre touristique responsable. Pour cela, nous leur conseillons fortement :

D’élaborer et suivre les normes : cela permettra de faire valider sa démarche à travers une certification du système de management responsable. Par exemple, avec les normes ISO (International Organisation for Standardisation) appliquées au tourisme.

D’effectuer de la veille et de l’information : être curieux et aller voir ce qui se fait à d’autres échelles et sur d’autres territoires. Il faut être au courant des actualités concernant le tourisme responsable.

De se former : de nombreuses associations en lien avec le tourisme durable proposent des formations à destinations des professionnels. Parmi elles, l’association Agir pour un Tourisme Responsable (ATR).

De se faire certifier ou labelliser : les labels et les certifications sont des preuves d’engagement et des moyens de reconnaissance et de valorisation. De nombreux labels responsables existent : Ecolabel Européen, Clef Verte, Green Globe, Gîte Panda, Station Verte etc.

De collaborer : avec des professionnels et prestataires impliqués dans le tourisme responsable.

De sensibiliser les visiteurs : il est important de les informer sur les bonnes pratiques à adopter afin de susciter chez eux un comportement éco-responsable.

 

Quelques exemples d’initiatives pour un tourisme responsable

Des initiatives se développent d’ores et déjà afin d’avancer vers un tourisme plus durable. Par exemple, de plus en plus de destinations tentent de sensibiliser les visiteurs en mettant en place des serments. C’est le cas des îles Palaos avec le Palau Pledge, de l’Islande avec l’Icelandic Pledge ou encore de la Nouvelle-Zélande avec le serment Tiaki. L’objectif est de responsabiliser les voyageurs envers la nature, les populations locales et la culture du pays visité.

Des agences de voyages responsables voient le jour comme l’agence Double Sens. Son but est de favoriser les rencontres et les échanges entre les voyageurs et les populations locales. L’agence s’engage à ce que les retombées économiques soient équitablement partagées entre le concepteur de voyages et les communautés d’accueil.

Les start-up aussi tentent de se démarquer afin d’offrir des solutions de voyages alternatives et responsables. Par exemple, l’application Fairtrip, un guide de voyage gratuit et collaboratif qui référence des établissements éthiques et équitables (restaurants, hébergements, boutiques, structures associatives etc.) dans le monde entier. Ou encore Busity, une application collaborative qui permet aux visiteurs d’explorer une ville par son réseau public de bus, sans guide, grâce à des centaines d’anecdotes audio rédigées et racontées par des habitants connaisseurs.

En pratique, il existe bien des solutions pour développer un tourisme durable. Mais il faut reconnaître qu’il est difficile d’avoir un comportement entièrement responsable. Et puis, soyons réaliste, le tourisme durable est lié au comportement de chacun. Si pour certains voyageurs, l’environnement est une préoccupation, ce ne le sera pas pour d’autres.

 

Alors, le tourisme de demain sera-t-il durable ?

La plupart des études réalisées s’accordent à dire que la majorité des Français sont prêts à changer leur comportement. Selon Easyvoyage, 67% des personnes interrogées seraient prêtes à tester un voyage responsable. La majorité d’entre eux seraient même prêts à payer plus cher leur séjour s’ils sont sûrs d’avoir un très faible impact sur la planète. La notion de respect de l’environnement et des populations semble s’imposer. Mais soyons honnête, rares sont ceux qui sont déjà passés à l’action. Encore aujourd’hui, 9 français sur 10 se considèrent mal informés sur le tourisme durable.

Quant aux professionnels du tourisme, ils intègrent de mieux en mieux les principes du développement durable. Mais une grande partie n’a pas recours aux labels et aux certifications, auxquels ils reprochent d’être trop nombreux et de manquer de visibilité.

Bref, si le tourisme responsable gagne en popularité, il peine tout de même à s’imposer. Multiplicité des labels, manque d’informations claires, indifférence des autorités… les freins à son développement sont encore nombreux. Il est largement possible d’évoluer vers cette forme de tourisme, mais il sera compliqué de modifier totalement les mentalités. Toutefois, la multiplication des initiatives permet d’en parler et, à minima, d’espérer une prise de conscience d’une partie de la population.

 

Pour retrouver l’intégralité de cette veille et des liens vers de nombreux articles, regardez par ici :